link2fleet : Pensez-vous que la crise Covid-19 va induire de nouveaux comportements au niveau de la mobilité professionnelle ? 

Mathieu de Lophem : C’est une évidence, cette crise va avoir un impact énorme sur la manière dont les gens vont se déplacer dans un proche futur. Je m’attends à une réaction en deux temps. Tout d’abord une phase assez fluide, qui a commencé avec le déconfinement, où le télétravail restera omniprésent et où les transports en commun seront sans doute boudés. En contrepartie, pour ceux qui doivent se rendre au bureau, la voiture personnelle constituera le réflexe logique. On risque donc de voir un peu plus de voitures personnelles sur les routes au fil de la reprise. 

Cette situation devrait rester calme et stable jusqu’à la rentrée de septembre où je m’attends à un retour de l’engorgement général du réseau routier. La conjonction du retour massif des voitures sur les routes avec une diminution des capacités d’infrastructure – aménagement de pistes cyclables, d’espaces piétonniers ou encore de zones ’30 km/h’ – va provoquer un terrible effet d’entonnoir qui va invariablement provoquer la paralysie du trafic. Après plusieurs mois de fonctionnement sans l’angoisse des bouchons, aucun navetteur ne souhaitera revivre cet enfer. A ce moment, chacun va réfléchir à une manière de se déplacer plus efficace et sans stress. 

Une application ‘Covid friendly 

l2f : Pensez-vous dès lors que cette crise va amener le coup de boost que tout l’écosystème MaaS attend ? 

M.d.L. : Inévitablement. Et ce shift a déjà commencé. Il suffit de voir l’explosion des moyens de transport durables comme le vélo, la trottinette ou le scooter. Qu’ils soient partagés, en leasing ou la possession des voyageurs, les deux roues ont la cote. Dans le monde professionnel également. Pour s’en convaincre, jetez un œil sur l’étalage des marchands de cycles, il n’ont quasiment plus rien à proposer tellement ça a été la razzia durant le confinement !  

Il existe parallèlement une véritable volonté politique de la part de certaines grandes villes d’instaurer un écosystème de mobilité durable. Anvers en est le plus bel exemple. Ici, plus question que chaque opérateur vienne proposer ses services de manière indépendante car il faut une validation préalable des autorités communales pour pouvoir opérer. Cette stratégie va à la fois professionnaliser le secteur et attirer de nouveaux opérateurs fiables. Tout bénéfice pour les utilisateurs B2B et B2C.  

l2f : N’existe-t-il pas une certaine crainte d’utiliser les moyens de transport partagés ? 

M.d.L. : Cette crainte existe en effet pour l’instant et elle est légitime. C’est la raison qui nous a poussé à développer une version ‘Covid proof’ de notre application. En résumé, si l’utilisateur le souhaite, les propositions d’itinéraires ne prennent en compte que les moyens de transport qui sont 100% sûrs sur le plan sanitaire. Fonctionnant en temps réel, l’application est d’autant plus utile en cette période de crise qu’elle renseigne les utilisateurs sur les contraintes liées à l’utilisation de certains modes de transport (usage obligatoire du masque, respect de la distanciation sociale,  réduction de certains services, etc.). 

l2f : Pensez-vous à de nouveaux services à développer au vu de ce qui vient de se passer ? 

M.d.L. : Pour l’instant nous sommes occupés à intégrer un certain nombre de nouveaux opérateurs pour offrir la palette de mobilité la plus complète possible. La force de notre concept est aussi de pouvoir réunir sur une seule et même facture toutes les dépenses liées à la mobilité. C’est un élément que les entreprises apprécient. Nous travaillons également en amont sur un module qui permet un transfert des données de Skipr de manière automatique vers les secrétariats sociaux. Un élément essentiel pour les aspect ‘payroll’ et pour la récupération de la TVA.