Pour vous donner une idée, nous avons passé près de 2 heures avec Frédéric Pairoux. Cet ingénieur de formation sait de quoi il parle et maîtrise l’actualité liée au fleet sur le bout des doigts. Il n’est en fonction à la RTBF que depuis mai 2017, mais, pourtant, il a déjà révolutionné la mobilité dans les locaux et aux alentours de la Radio Télévision belge francophone : parkings, flotte de véhicules, systèmes de réservation, applications …, l’homme a tout revu pour permettre une parfaite intégration avec le nouveau Mediapark qui verra le jour en 2020 à Reyers. Plus de 1.000 collaborateurs bénéficient de son expertise, bien aidé par un comité Mobil’idées de 10 personnes. Il faut dire qu’à la RTBF, le coût lié à la mobilité compte 7 chiffres…

l2f : En quoi le fait de décrocher cette belle récompense de Fleet owner of the year 2018, en plus de la seconde place du Fleet mobility award, a-t-il transformé votre quotidien professionnel ?

FP : « Grâce à cette récompense, les collaborateurs de la RTBF ont surtout pris conscience que la mobilité est essentielle et qu’il y a énormément de travail dans ce domaine. Aujourd’hui, ils sont donc conscients que nous mettons tout en œuvre pour améliorer leur mobilité. »

l2f : Pouvez-vous nous rappeler, selon vous, ce qui vous a permis de vous démarquer ?

FP : « Dans les points forts de notre plan de mobilité, nous pouvons tout d’abord souligner la création d’un comité de 10 personnes, venant de départements divers au sein de la RTBF, que nous avons nommé Mobil’idées. Notre plan impacte tout le monde, car il s’agit d’un projet complètement intégré. On ne parle pas uniquement de la voiture, mais bien de tout ce qu’il y a autour afin d’améliorer la mobilité dans son ensemble. Ainsi, nous nous sommes demandé comment améliorer la vie sur notre site, et ce, conjointement avec la VRT et parfois même RTL. Nous n’avons pas peur de réaliser différents tests, que ce soit avec des voitures électriques, au CNG, des vélos ou autres. Nous avons également amélioré le système de réservation des voitures du pool en passant maintenant par une application. Mais par-dessus tout, nous avons toujours accompagné nos collaborateurs dans cette démarche pour qu’ils ne soient pas livrés à eux-mêmes lors de l’arrivée de nouvelles solutions de mobilité. La taille encore modeste de notre parc de 230 véhicules permet aussi de discuter avec eux et de leur offrir des solutions personnalisées qui répondent au mieux à leurs besoins. »

l2f : Vous l’avez dit, l’un de vos secrets est d’avoir collaboré avec vos voisins de la VRT. Qu’en est-il concrètement ?

FP : « Lors de la semaine de la mobilité, nous réalisons toujours des actions ensemble en nous concentrant sur un moyen de déplacement. Que ce soit le covoiturage, le vélo, qu’il soit électrique ou non, etc. Nos sessions d’information sont donc bilingues et partagées. Par ailleurs, nous menons des tests chacun de notre côté. Cette année, la RTBF teste un outil de gestion dynamique des parkings alors que la VRT teste la mise en place optimale d’un budget mobilité avec certains candidats. À la fin de ces phases d’essai, nous ferons le point ensemble afin de voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins. »

l2f : Vous êtes mobility manager et écoconseiller au sein de la RTBF : derrière le succès de votre plan, n’y a-t-il pas une formation particulière dont vous disposez ?

PF : « Il y a surtout beaucoup de bon sens. Mais la formation de mobility manager se développe bien en Belgique et c’est important pour se créer un réseau de contacts. Grâce à ma nomination aux link2fleet awards, j’ai pu discuter avec les anciens lauréats et cela était très enrichissant. Mais le plus important reste la maîtrise de la communication et la persévérance, car quand vous organisez un événement fleet autour de la voiture, vous avez 150 participants, mais si vous organisez un événement autour de la mobilité douce, vous n’en avez plus que 5… Par ailleurs, en tant qu’ingénieur, je constate qu’une formation technique permet toujours de comprendre pas mal de problématiques, notamment avec l’évolution complexe du secteur automobile actuel. »

l2f : Lors de votre arrivée ici en mai 2017, vous avez imposé une analyse complète de la mobilité à la RTBF. Concrètement, comment s’organise pareil screening ?

FP : « Nous avons décidé de faire une enquête de mobilité très poussée. Nous avons tout d’abord communiqué via les canaux traditionnels (affiches, intranet, e-mail, etc.) pour que l’ensemble des collaborateurs sache que nous avions mis un comité Mobil’idées sur pied. Ensuite, nous avons fait appel à une société spécialisée – j’en profite pour dire qu’il ne faut vraiment pas hésiter à se faire aider par des sociétés externes – pour que notre enquête bénéficie du meilleur taux de réponse possible. Nous sommes passés dans les bureaux, nous avons communiqué aux endroits les plus fréquentés tels que le restaurant et la cafétéria, etc. Dans la démarche, nous avons vraiment accompagné les collaborateurs pour les inciter à répondre. De cette enquête, nous avons élaboré un plan d’action. »

l2f : Assez vite, vous aviez annoncé un partenariat avec Zen Car ?

FP : « En effet. En plus de l’utilisation des deux voitures électriques Zen Car, nous nous sommes inspirés de leur méthode de réservation via smartphone pour créer une application similaire en interne, car notre système ne nous satisfait plus. Et heureusement pour nous, c’est un succès ! Les collaborateurs l’accueillent avec enthousiasme. Nous aimerions développer cette plateforme, car elle permet aussi de réaliser du reporting afin d’en apprendre davantage sur l’utilisation de nos véhicules. »

l2f : Vous disposez aussi de voitures qui roulent au CNG, des hybrides, vous pensez au carsharing, au covoiturage, au vélo électrique : votre plan intègre vraiment des solutions diverses et variées ?

FP : « C’est important pour nous, car chaque situation est différente et chaque personne doit trouver la solution qui lui est la plus adaptée. Je dis souvent que la voiture est à la mobilité ce que le plat préparé est à la cuisine. Même si c’est parfois difficile de s’en passer, il n’y a pas que la voiture thermique ! Nous avons aussi pensé aux deux-roues motorisés même si nous sommes très prudents côté sécurité. Mais nous mettons à disposition 7 vélos électriques, avec le matériel adéquat – casque, chasuble, etc. – que les collaborateurs peuvent réserver via un calendrier partagé. Ils sont encore trop peu utilisés à mon goût, mais on y travaille. Par ailleurs, aujourd’hui, en période de transition, c’est parfois flou, même pour les constructeurs automobiles ! On ne sait pas trop vers quelle solution aller. Voilà pourquoi nous avons également testé des véhicules hybrides, hybrides rechargeables et nous observons dans quelles conditions ceux-ci peuvent être utilisés de manière optimale. »

l2f : Concrètement, dans quelles conditions utilisez-vous vos véhicules au CNG par exemple ?

FP : « Ils sont principalement utilisés pour des reportages quotidiens dont on connaît la distance à parcourir. Nous avons fait le choix d’installer 4 pompes au gaz naturel comprimé sur nos sites, ce qui permet de faire le plein aisément. »

l2f : Depuis que vous êtes en fonction, y a-t-il eu un changement au niveau des véhicules de service ?

FP : « Oui, en effet. Tous ces véhicules sont en leasing. Lors des renouvellements, nous nous orientons donc majoritairement, comme la plupart des gens maintenant, vers des petites motorisations essence au lieu de privilégier, comme auparavant, le diesel. Néanmoins, il faut reconnaître que pour certaines utilisations, ce carburant reste le plus adapté. »

l2f : Qu’en est-il de votre, car policy pour les voitures de fonction ?

FP : « Nous avons mis en place un système de bonus/malus pour les véhicules essence et diesel, tout en privilégiant l’essence. Nous établissons ainsi tous les ans un niveau de référence de rejets de CO2 par carburant. Si celui-ci est dépassé, le collaborateur paie plus. S’il est inférieur, il paie moins. Si le collaborateur choisit une motorisation alternative, qu’elle soit hybride, hybride rechargeable, électrique ou au CNG, 85 € supplémentaires de loyer mensuel lui sont octroyés. »

l2f : Désirez-vous ajouter un commentaire* ?

FP : « Nous sommes en pleine période de transition et ce job de mobility manager est vraiment très compliqué. Même les constructeurs automobiles ont l’air de tomber de nues par rapport à tout ce qu’il se passe.* Bref, j’ai hâte de voir où nous en serons dans un an ou deux. Mais cela incite encore plus à s’orienter vers d’autres moyens de déplacement que la voiture, surtout à Bruxelles, lorsqu’on voit encore les embouteillages à n’importe quelle heure, quelle que soit la période, vacances, ou non. »