En 8 ans, les ventes de véhicules diesel chez nous ont chuté de moitié. De près de 400.000 nouveaux véhicules inscrits en 2001 à moins de 200.000 en 2018 (chiffres Febiac). La chute du marché du diesel était plus que prévisible. Depuis que les grandes villes comme Anvers ou Paris ont limité leurs accès aux voitures diesels les plus polluantes, les consommateurs optent de plus en plus pour des modèles essence. Mais les voitures de société constituent encore une exception à cette règle. Dans ce segment, les voitures diesel restent les plus populaires – un peu plus de la moitié des nouveaux véhicules de société immatriculés sont des diesels -, mais ce n’est qu’une question de temps, à en croire les sociétés de leasing. 

De plus en plus d’essence

Si les entreprises optent davantage pour le diesel que pour l’essence, c’est surtout pour leur taux de CO2 plus faible et donc à leur prix plus intéressant. « Les entreprises ne bénéficient pas seulement d’une déductibilité fiscale plus élevée », indique Guy Hannosette, Directeur Commercial de Vancia Car Lease, « leur cotisation ONSS  est également plus basse s’ils optent pour le même véhicule en version diesel. Et puis, il y a l’avantage de toute nature. Ici aussi, cela compte : plus le taux de CO2 est faible, plus c’est fiscalement intéressant pour l’employé. Sur tous ces plans, le diesel est encore aujourd’hui plus avantageux. »

 “Beaucoup d’entreprises veulent verdir leur parc automobile et nous demandent de réaliser des comparatifs. Elles sont encore rares à effectuer vraiment un switch.”

Kristof De Backer, Mobilease

Et donc, rien ne bouge sur le marché des voitures de société ? « Bien sûr que si », poursuit Guy Hannosette. « Les moteurs diesels sont surtout financièrement intéressant si on utilise beaucoup le véhicule, donc quand le collaborateur effectue un grand nombre de kilomètres. Si on sait à l’avance qu’on ne parcourra pas plus de 20.000 km par an avec le véhicule, alors nous conseillons tout de même un modèle essence. La majorité des entreprises et employés suivent alors notre conseil. A ce niveau, il y a donc bien déjà un changement qui s’opère, aussi bien auprès des grandes que des petites entreprise. »

Les motorisations alternatives, comme le CNG et l’électrique, ne jouent pas encore un rôle prépondérant sur le marché des voitures particulières. Sur un total de 550.000 nouveaux véhicules l’an dernier, on en comptait à peine moins de 8.000 avec un moteur CNG ou électrique. Selon les chiffres de Febiac, c’est moins d’1,5% du total des nouveaux véhicules immatriculés. Les modèles hybrides – combinaison d’un moteur électrique et d’un moteur essence – font un peu mieux avec un pourcentage aux alentours de 4,5%. 

“Les grandes entreprises font plus rapidement le pas vers la mobilité durable. Elles prennent des voitures électriques et hybrides en parc car cela rentre dans leur stratégie marketing. »

Gudrun Ghijs, Ciac Fleet

Cela ne signifie tout de même pas qu’il n’y a aucun intérêt pour les véhicules à motorisation alternative. Toutes les sociétés de leasing avec lesquelles nous avons échangé nous assurent que ce thème figure bien à l’agenda des entreprises. « On reçoit d’ailleurs souvent des questions à ce sujet, réagit Kristof De Backer de Mobilease, qui met surtout le focus sur le leasing chez les PME. “Il peut difficilement en être autrement, quand on voit tout ce que la presse publie sur ce sujet. Les nouvelles règles fiscales qui entreront en application à partir de 2020 (les pourcentages de déductibilité vont diminuer, ndlr) ont aussi mis les choses en mouvement. Beaucoup d’entreprises souhaitent verdir leur parc automobile et nous demandent de faire des comparaisons entre différents modèles. »

Sa collègue Gudrun Ghijs, de chez Ciac Fleet, remarque surtout un intérêt grandissant chez les plus grands clients fleet. « Les grandes entreprises s’impliquent plus rapidement dans la mobilité durable. Elles prennent des véhicules hybrides et électriques dans leur parc parce que cela entre parfaitement dans leur stratégie marketing. Ces mêmes entreprises étaient aussi parmi les premières à s’intéresser au leasing de vélo ou à prendre part à des projets d’autopartage. Pour elles, c’est un choix politique. Auprès des PME, cela joue beaucoup moins, même s’il y a bien sûr des exceptions. »

“Pour une Volkswagen e-Golf, une entreprise doit débourser 15.000 euros de plus que pour une variante diesel. Les stimuli fiscaux ne permettent pas de compenser ce supplément. »

Guy Hannosette, Vancia Car Lease

Prix plus élevé, autonomie limitée

Que cet intérêt grandissant n’ait pas encore eu pour impact une hausse des ventes de ces modèles s’explique par différentes raisons. « Le prix élevé en est évidement une”, indique Guy Hannosette. « Pour une Volkswagen e-Golf par exemple, une entreprise doit débourser au moins 15.000 euros de plus que pour une variante à motorisation diesel. Les stimuli fiscaux sont insuffisant pour compenser cette augmentation. C’est pareil pour les modèles hybrides. Pour eux aussi, le prix d’achat est un cran plus élevé que pour les motorisation classiques. »

Ce qui joue également dans la décision du patronat, c’est l’autonomie limitée de la plupart des modèles alternatifs. Avec une voiture CNG, il faudra par exemple se rendre beaucoup plus souvent à la station-service pour faire le plein. Et avec une voiture électrique aussi, l’autonomie est assez limitée. “En tant que conducteur, il faudra régulièrement penser à faire recharger son véhicule – dans le plupart des cas, de façon quotidienne », reconnaît Gudrun Ghijs de Ciac Fleet. « Cela demande donc un certain effort et une adaptation. De plus, l’infrastructure de recharge à la maison n’est, chez beaucoup de personnes, pas encore prévue et le nombre de bornes de recharge publiques n’est pas encore suffisant. Il y a beaucoup de chance que vous deviez tourner pas mal dans un quartier avant d’en trouver une libre. Tous ces éléments représentent évidemment des barrières supplémentaires à franchir. »

 “L’offre est encore trop limitée. Chez Renault  par exemple, nous disposons déjà de 4 modèles électriques dans notre gamme, dont 2 compactes citadines, un grand et un petit utilitaire légers. »

Sven De Proft, Valckenier Groep

Une autre barrière, c’est le fait que l’offre en matière de voitures électriques, CNG et (plug-in) hybride n’est pas encore assez large. Essayez par exemple de trouver un modèle électrique abordable et équivalent pour un employé qui roule aujourd’hui en Audi A4. Sven De Proft, vainqueur du Fleet Dealer of the Year Valckenier Groep, reconnaît le problème: « Chez Renault par exemple, nous disposons déjà de 4 modèles électriques dans la gamme, dont deux compactes citadines (Zoe et Twizy) et un petit et un grand véhicule utilitaire (Kangoo et Master). A court-terme, à côté de la nouvelle Zoe qui va prochainement arriver, nous aurons différents modèles disponibles avec des motorisations hybrides, notamment la toute nouvelle Captur et la Clio. Mais nous n’en savons pas encore davantage. Nous n’avons aucune vue sur les plans à plug long terme ».

Vision claire

Le son de cloche est identique chez Fordstore AB Automotive, le Fleet Dealer of The Year bruxelleois. « Actuellement, nous pouvons seulement offrir à nos clients une version hybride de la Mondeo », indique Linda Chang, fleet manager. « En 2020, nous attendons des versions alternatives sur plusieurs autres modèles. Il s’agira de versions full électriques, mais aussi de mild-hybrids et de plug-in hybrides. En janvier, nous lancerons par exemple nos nouveaux Kuga et Puma avec des motorisations alternatives, ainsi que notre nouveau Transit Custom plug-in hybride. Plus tard dans l’année suivra aussi un tout nouveau SUV électrique avec une autonomie de 480 km. A l’heure actuelel, ce sont surtout les grandes entreprises qui s’intéressent à cette thématique. J’ai l’impression que les PME se sentent un peu moins concernées. Mais cela peut évidemment changer très rapidement une fois que les modèles seront disponibles sur le marché. »

Selon elle, il n’y a pas que les constructeurs qui doivent donner un coup d’accélérateur, mais aussi les autorités. « J’attends des décideurs politiques plus de transparence et une communication rectiligne. Prenez la norme WLTP, la nouvelle procédure de test pour déterminer le taux de CO2 des voitures personnelles et des utilitaires. Plusieurs communications ont eu lieu sur les conséquences fiscales de son application. Chaque fois, il y avait un ajustement ou un addendum. Il est dès lors logique que les gestionnaires de parc freinent des deux pieds. Parce que rien n’était clair à leurs yeux, beaucoup ont décidé de reporter leurs commandes de véhicules et ont préféré prolonger leurs contrats actuels d’un an. A mes yeux, c’est une chance perdue. Les autorités doivent jouer un rôle précurseur, au lieu de changer sans cesse d’avis et créer la confusion. C’est comme cela qu’on stoppe l’innovation. »

“Ce sont surtout les grandes entreprises qui s’intéressent aux motorisations alternatives, moins les PME. Mais cela peut changer rapidement si l’offre de modèle est disponible sur le marché. »

Linda Chang, AB Automotive

Promotion de l’électrique

Les concessionnaires et les sociétés de leasing essaient eux-mêmes de mettre autant que possible en évidence les solutions alternatives. En ce qui concerne l’électrique en tout cas, le moulin des promotions tourne à plein régime. Vancia Car Lease par exemple a acheté 3 véhicules électriques et les expose actuellement dans les rues avec un lettrage publicitaire. « Nous proposons aussi ces véhicules avec un loyer mensuel très bas à des entreprises de la région », raconte Guy Hannosette. « De cette manière, elles peuvent s’habituer à la conduite électrique pendant une semaine ou quelques mois. La majorité répondent positivement à cette initiative et avec plus ou moins de succès. Parfois, la voiture revient après deux semaines sur le parking. Pour ces clients, il est clairement encore trop tôt pour passer à la conduite électrique. C’est surtout la planification quotidienne de leurs trajets qu’ils ressentent comme un fardeau. »

Le Valckenier Groep à Alost a développé une formule autour de l’autopartage et a inclus (principalement) des voitures électriques dans sa flotte. Sven De Proft : « A l’avenir, nous souhaitons laisser participer des entreprises à ce système. L’idée est que les voitures de sociétés/les voitures de pool qui restent stationnées toute la journée sur le parking, puissent être mises à disposition des habitants du quartier. Cela fonctionne aussi dans l’autre sens. Les premières discussions à ce niveau sont en cours. Si l’initiative sort de terre, cela donnera forcément un push à la conduite électrique. Les entreprises et les conducteurs pourront ainsi faire connaissance avec cette technologie sans devoir s’engager. »  

Au cours des discussions avec les entreprises, Sven De Proft essaie également de tirer parti des préjugés concernant les motorisations alternatives. « Il est clair que les entreprises et les conducteurs doivent changer leur comportement. Les arguments qu’ils mettent actuellement sur la table pour éviter ce passage aux motorisations alternatives peuvent, dans la majorité des cas, être contournés. Si par exemple, j’indique à mes clients qu’il y a déjà plus d’une trentaine de bornes de recharge dans les alentours directes de notre garage, ils sont tout de suite surpris. L’infrastructure est déjà bien plus développée que ce que la plupart des gens pensent. Un autre argument souvent mis en avant, ce sont les vacances. « Avec une voiture électrique, mes collaborateurs ne peuvent pas partir en vacances », entend-on souvent. C’est en effet embêtant, mais il existe des solutions. Chez nous par exemple, les employés peuvent disposer pour leurs semaines de vacances annuelles d’une voiture issue de notre service location. Nous ne sommes certainement pas les seuls à proposer cette solution. Plusieurs sociétés de leasing l’ont aussi mis en place. »

La confirmation vient de Kristof De Backer de Mobilese, qui dispose de l’option ‘Mobiswitch’ dans son offre. Celle-ci offre aux travailleurs la possibilité d’échanger leur voiture électrique contre une voiture à motorisation essence ou diesel pendant un mois sur l’année. Il expose : « De plus, nous prévoyons dans les contrats de leasing une borne de recharge ou une wallbox et un remboursement pour l’électricité que les collaborateurs utilisent à domicile pour charger leur voiture. »

Accélération rapide vers l’électrique à venir

La conclusion à laquelle sont parvenus toutes les sociétés de leasing et tous les dealers de notre enquête, est que le marché des voitures de société – et cela vaut aussi pour les PME –  sera plus diversifié d’ici à cinq ans, avec une place clairement acquise pour les modèles alternatifs. De Backer : « Beaucoup de constructeurs lanceront de nouveaux modèles sur le marché dans les années à venir, ce qui va créer une plus forte concurrence au niveau des prix. La capacité des batteries va aussi s’améliorer et il y aura davantage de bornes de recharge. Les grandes stations-services sont d’ailleurs en train d’en intégrer à leurs infrastructures. De plus, si on tient compte du fait que la majorité des travailleurs en Belgique habitent dans un rayon de 15 km de leur lieu de travail, alors je pense qu’on peut se dire que le switch vers l’électrification va se faire très rapidement. Il ne s’agira probablement pas d’un switch radical. J’estime que nous allons réaliser un basculement complet d’ici 2030 au plus tôt. »

Source: Febiac, chiffres 2018